3-3 Faire, c’est déjà aller quelque part

« Faire, c’est déjà aller quelque part »

Par Daniel Cueff

Les fondamentaux du GPAS :

Après un long parcours dans les pédagogies alternatives notamment non-directives, le GPAS est né du travail d’une équipe militante, il y a très exactement 25 ans. Les principes de base ont depuis été confortés :

* l’enfant est un être concret vivant ici et maintenant dans des conditions sociales et économiques qui fondent ses pratiques et représentations sociales.

* la pédagogie, nécessairement, forme l’enfant à la société à laquelle il appartient. C’est le principe même de l’éducation qui apprend à l’enfant à vivre en société.

* quand la société est jugée injuste, inégalitaire, le positionnement pédagogique pose alors problème, car comment éduquer l’enfant à une société injuste surtout pour lui et sa famille ?

Le GPAS a trouvé dans la pédagogie sociale (qui rappelons le est l’un des courants de la pédagogie contemporaine) à la fois une perspective d’action et une perspective éducative : considérer l’enfant dans sa dimension sociale et lui faire vivre des moments en société par lesquels il puisse développer sa connaissance du monde, son esprit critique et sa capacité de discernement.

Un cadre non donné à priori mais inventé par tâtonnements successifs

Une vie économique précaire, un parcours scolaire et l’échec des apprentissages de base, une vie familiale difficile parfois déstructurante, un cadre de vie trop souvent pénalisant, une société qui pousse à la consommation tout en la rendant de plus en plus improbable, une santé mise en cause, un risque aggravé de dérives délictueuses enfermantes sont parmi les éléments déterminants qui fondent le devenir de l’enfant.

Or, quelles que soient les périodes de vie du GPAS, la conclusion est toujours la même : il ne va pas de soit de prendre contact avec ces enfants, d’avoir leur confiance et celle de leurs familles qui se sentent souvent humiliées par le travail social, pour faire « quelque chose ».

Le savoir d’expérience qui est reconnu le plus souvent au GPAS est justement de savoir être avec les plus démunis probablement pour 3 raisons profondes :

  • le regard porté sur l’enfant n’est jamais défectuologique et quels que soient ses comportements, il a des droits fondamentaux dont le droit à être aimé et respecté comme le disait si justement Janusz KORCZAK

  • la résistance à l’inertie et au poids du quotidien et la recherche permanente de solutions pragmatiques qui facilitent l’accès des enfants à « quelque choses d’autre »

  • la réactivité (voire l’immédiateté) et la permanence des actions

On peut, sans prendre le risque de se tromper de beaucoup, affirmer que la théorie du GPAS est d’abord dans sa praxis et qu’elle se vérifie par deux outils statistiques :

  • le nombre d’enfants et de familles concernées

  • et parmi elles, le nombre d’enfants et de familles qui sont au seuil de la pauvreté

Sans cette praxis, rien ne serait possible. Or, « faire, c’est bien déjà aller quelque part » et ne rien faire c’est bien aller nulle part ailleurs que là où quelqu’un l’aura décidé pour vous.

Quelque part mais où ?

Le GPAS souhaite depuis sa création que ce « quelque part » puisse permettre à l’enfant de vivre des expériences sociales et collectives, assez étrangères à son monde ordinaire, qui vont l’interroger de fait, d’abord sur l’existence d’un autre différent et toujours complexe, puis sur un soi-même qui dans sa nécessaire revendication singulière ne représente pas la totalité du monde.

Le GPAS a appelé cela pédagogie des modèles sociaux et nous avons inventé des modes d’organisation qui la permettent et qui sont encore particulièrement novateurs même si pour nous cela n’est plus le cas (CLSH sans local, sans horaire, sans atelier).

Ce quelque part pose historiquement problème sur au moins trois points récurrents :

  • permet-il une vraie aventure intellectuelle et émotionnelle de l’enfant ou reproduit-il du même ? La praxis peut être très facile si on invite chaque jour au Mac Do les gosses. Nous ne ferions alors que répondre à une aspiration de consommation qui n’est pas illégitime en soit surtout quand on est pauvre, mais qui est à questionner sur l’aliénation sociale qu’elle signe. Par contre, quand nous amenons les gosses à Guissény et à participer au potager bio, là, nous transcendons les allants de soit du quotidien. Idem pour le Quartz etc. Peut-être manquons-nous encore d’idées, d’audace, de temps, de personnel mais l’enjeu est bien là : l’altérité. Qui a-t-il d’autre dans « de l’aïd à l’épiphanie » que la recherche de sens et de concepts par la recherche-action ? Recherche-action qui, nous en avons convenu, gagne à associer toutes les réflexions.

  • permet-il des partenariats par lesquels les gosses puissent être acteurs, co-participants ?

  • permet-il au GPAS de s’inscrire, avec d’autres mouvements, dans le champ de l’éducation populaire qui participe du mouvement social ?

Les bénévoles et les permanents sont prêts à relever toujours et encore le défi de ces questions fondamentales dans une approche laïque de la société et de l’éducation.

Toutefois, le projet du GPAS se développera dans les prochains mois, probablement si un socle commun de conscience s’impose, au moins à deux niveaux :

- l’interférence de contentieux personnels qui vient compliquer la réflexion voire l’empêcher. Il faudra les résoudre par l’affirmation d’un projet fort auquel chacun adhère et participe sans nécessairement que tout le monde s’apprécie ou travaille de la même façon.

- le projet du GPAS existe parce qu’il sert une société vis-à-vis de laquelle nous sommes pourtant critiques (le travail de prévention permet à la société de tenir debout). Mais si l’enfant s’y retrouve parce que, enfin, un adulte ou un groupe d’adultes porte un regard positif sur lui et lui démontre par l’expérience et non par le discours qu’il est « capable de… », alors nous aurons fait notre boulot de pédagogues citoyens.

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